mardi 11 août 2009

En guise d'intro...

C’est par hasard que, lors d’un voyage en Sicile, je suis tombé sur un concert de Cure à Rome diffusé sur MTV Italie. Organisé à l’occasion de la sortie de 4 :13 Dream, c’était l’occasion de découvrir le dernier opus du group et de réentendre quelques vieux morceaux. Ce que j’ai entendu ce jour-là m’a bien plu et tout naturellement j’ai acheté l’album en téléchargement quelques jours plus tard. Je reviendrai sur le contenu de ce dernier un peu plus bas.

Ce concert fût également l’occasion pour moi de réaliser que cela fait désormais 26 ans que je suis fan de ce groupe, bien que je l’ai sensiblement moins écouté ces dernières années. J’ai débuté à l’âge de 7 ans, avec la compilation Japanese Whispers version cassette audio, emprunté à mon frère aîné. Il existe peu de groupes ayant connu autant de succès en jouant une musique aussi singulière et pas franchement commerciale (dans l’ensemble en tout cas). Peu de groupes, également, peuvent se vanter d’avoir généré un tel phénomène d’identification auprès de ses fans : il suffit de visionner quelques vidéos de concerts des années 80 pour se rendre compte du nombre de clones de Robert Smith présents dans les salles. A cette époque, les rues (tout particulièrement à Londres) étaient pleines de Curistes aux tignasses et vêtements noirs, teint cireux et rouge à lèvre carmin. Hormis les Smiths à la même époque, il n’y a pas vraiment d’exemples similaires… Ce look très représentatif de ces années moroses perdura longtemps et continua d’inspirer différents types d’artistes, la référence la plus marquante étant sans doute l’Edward aux mains d’argent de Tim Burton. Au-delà du look, l’héritage musical des Cure est lui aussi très largement répandu, preuve en est le nombre de groupes actuels (plus ou moins bons) les citant comme source d’inspiration. L’émission MTV Icons de 2004 est également la preuve de cette influence amplement méritée.

Trente ans après leurs débuts de Crawley, les Cure sont toujours bel et bien là, maîtrisant leur musique avec toujours plus d’efficacité, et ce malgré les rebondissements ayant émaillés leur carrière : un line-up quasiment différent à chaque album, des départs et retours d’anciens membres du groupe, des annonces de séparation à répétition, des changements de maisons de disque etc… Ca fait plaisir de voir que Cure, après toutes ces années, continue d’offrir à son public des concerts de plus de trois heures, à des prix raisonnables, et de voir que ce dernier est toujours fidèle aux rendez-vous (public de tout âge d’ailleurs). Les dernières dates françaises, à Bercy et Marseille, affichaient complet après quelques jours de mise en vente. Avec un tel répertoire, les Cure pourraient sans problème tenir cinq heures en live, sans qu’on se lasse de les écouter.

Bref, le fait de les revoir à la télé et de retour dans les bacs m’a donné envie de tracer une petite rétrospective chronologique de leurs nombreux albums et de donner un avis que je souhaite le plus objectif possible sur ce groupe qui demeure mon favori (pas loin derrière il y a les Pumpkins, Mazzy Star, les Sisters of Mercy, les Banshees, Radiohead, Portishead, Léonard Cohen et quelques autres).

Three Imaginary Boys

Premier album du groupe sorti en deux versions, l’une avec Boys Don’t Cry et World War notamment, et l’autre sans. C’est sur cette dernière que je baserai mon commentaire, celle dont la pochette que déteste tant Robert Smith affiche, sur fond rose, un aspirateur (censé représenté Lol Tolhurst, d’après lui-même), une lampe (Robert Smith) et un réfrigérateur (Michael Dempsey). Agé tout juste de 19 ans, Robert Smith a toujours déploré le manque de contrôle du groupe sur l’enregistrement de cet album, supervisé par leur manager de l’époque (et pour de nombreuses années) Chris Parry. Réalisé en très peu de temps, cet album reçoit néanmoins de bonnes critiques, de la part du Melody Maker notamment, qui voit en The Cure un groupe de jeunes capables de délivrer de bonnes mélodies, simples et efficaces, mais encore à la recherche de son propre son. Le journaliste, auteur de cette critique, a compris dès la sortie de l’album, et après les avoir vu en live (au Marquee notamment), que Cure était un groupe à suivre, promis à un bel avenir. Hormis quelques altercations avec des membres du Front National local, qui voit en Killing an Arab un hymne raciste appelant au meurtre de résidents maghrébins, les concerts se passent bien et Cure enchaîne les dates en Angleterre, au volant du mini van vert de Robert Smith. Les titres phares sont bien évidemment Killing an Arab, 10 :15 Saturday Night et Boys Don’t Cry, que le public n’a de cesse de réclamer à chacune de leurs apparitions. Ils jouent en général tous les titres de leur album plus quelques reprises comme le Foxy Lady d’Hendrix, reprise vraiment lamentable il faut bien le dire. Cependant, cette vie passée sur les routes à enchaîner les concerts et les cuites à la bière commence à peser sur le bassiste Michael Dempsey qui se rend rapidement compte qu’il n’est pas fait pour ça. La rencontre des Cure avec Simon Gallup, futur allié de toujours de Robert Smith, va pousser Dempsey vers la porte de sortie avant que ne débute l’enregistrement du prochain album. Au-delà de ses problèmes avec la vie sur les routes, Dempsey ne semblait pas très enthousiaste à l’écoute des nouvelles compositions de Smith pour le futur Seventeen Seconds, ceci a fait pencher la balance en sa défaveur assez rapidement.

Titres incontournables de l’album (à mon sens) : 10 :15 Saturday Night, Killing an Arab, Fire in Cairo, Three Imaginary Boys, Object et Boys Don’t Cry, pour la seconde version de l’album.

Seventeen Seconds

Ayant retenu la leçon du précédent opus, Robert Smith prévient Chris Parry que l’enregistrement de l’album en préparation sera entièrement contrôlé par le groupe et non par le producteur. Parry, conscient qu’il a entre les mains un mythe en devenir, laisse Robert Smith faire à sa guise, d’autant que ce dernier a une idée très claire du son qu’il souhaite donner à ses nouvelles compositions, son par ailleurs très homogène sur l’ensemble de l’album. Désireux d’aller vers une musique minimaliste et sombre, Robert Smith enchaîne des titres mélancoliques, fortement soutenus par la basse de Simon Gallup venu en remplacement de Dempsey. Les claviers font également leur apparition avec Matthew Hartley aux commandes (qui ne restera que le temps de cet album). Seventeen Seconds est le premier chapitre d’une trilogie tragique et désespérée, mais aussi l’album de la transition du post-punk vers la new wave et le gothique. Avec cet album, et ceux de quelques autres groupes, la musique anglaise (et donc mondiale) est en train de changer et on en aura très rapidement terminé avec le punk. Il n’y a pas grand-chose à jeter sur cet album, contrairement au précédent et on pressent d’ores et déjà que ce groupe au potentiel énorme n’est qu’au début d’une longue carrière. Les petits banlieusards bouseux de Crawley commencent à compter dans le paysage anglo-saxon du rock et la presse est encore majoritairement positive à la sortie de l’album (ce qui ne sera pas le cas plus tard). Quelques critiques néanmoins trouvent Seventeen Seconds « régressif ». C’est à cette même époque (1980) que Ian Curtis, le leader de Joy Division, se suicide et Robert Smith, totalement abasourdi par cette nouvelle, n’aura de cesse de se questionner sur la nécessité ou non de mourir pour son art. Bien qu’il ait à maintes reprises choisi la voie de l’autodestruction, pour lui-même et pour son groupe, il prendra le parti de vivre, plutôt que de prématurément mettre un terme à son existence. A l’écoute de cet album et des deux suivants, ce n’était pas gagné d’avance…

Titres incontournables: A Forest, In Your House, At Night, Play For Today, M, Seventeen Seconds.

Faith

Il est très difficile de choisir parmi toutes les créations du groupe laquelle constitue le meilleur album de toutes… si l’on devait néanmoins s’y forcer, Faith pourrait bien être l’heureux élu. A condition bien entendu, d’aimer ce type de musique : noire, déprimante, lente et glaciale. Hormis l’absurdité Doubt, la totalité de l’album est un chef d’œuvre. Deux singles en ont été tirés : Primary (le titre le plus pêchu) et Other Voices. Ce dernier n’est pas vraiment le genre de musique passant sur les ondes radio, mais le reste de l’album était tout simplement trop déprimant pour espérer pouvoir sortir un autre single. On peut regretter que Robert n’ait pas composé Charlotte Sometimes plus tôt car ç’aurait été un remplaçant idéal pour Doubt. L’usage de drogues en tous genres, qui avait débuté avec Seventeen Seconds, a largement continué avec Faith et les concerts, ayant pour background visuel le film concept Carnage Visors de Ric Gallup (le frère de Simon), sont à l’image de l’album. Le public a souvent du mal à suivre l’évolution artistique du groupe, qui joue majoritairement ses dernières compositions alors que les fans réclament les tubes des débuts. La presse, également, se montre peu enthousiaste et qualifie les Cure de jeunes romantiques prétentieux dont la musique tourne en rond, ne délivrant aucun message compréhensible. Avec le temps, Faith s’est pourtant imposé comme l’un de leurs albums majeurs.

Titres incontournables : l’album en entier, hormis Doubt.

Pornography

Ce serait le meilleur album du groupe, d’après les fans les plus fidèles. Je ne partage cet avis qu’à moitié car, comme indiqué plus haut, il me semble quasi impossible de désigner un album en particulier comme surclassant tous les autres. Si Pornography a atteint ce statut d’album mythique auprès du public c’est sans doute parce qu’il marque le point culminant du « Cure côté sombre ». Beaucoup de fans se détourneront du groupe par la suite, reprochant à la bande de Crawley de renier l’essence même du romantisme gothique de l’époque dont ils étaient devenus les rois. Il est vrai que Pornography clôt magistralement le triptyque débuté avec Seventeen Seconds et les amateurs de musique suicidaire peuvent aujourd’hui encore se délecter de ces mélodies entêtantes, basées pour la plupart sur la répétition, et aux textes torturés. Encore une fois, il n’y a quasiment rien à jeter sur cet album. Certains de ses morceaux sont parmi les meilleurs de toute leur carrière. Je pense notamment à One Hundred Years, A Strange Day, The Figurehead ou Cold. Cependant, au sein du groupe, l’ambiance est devenue détestable: Tolhurst continue de servir de souffre-douleur, Smith s’enferme de plus en plus dans son personnage de frontman torturé et Gallup pète lentement mais sûrement les plombs. Il finira par se battre avec Smith, en se jetant littéralement sur lui pour une obscure histoire de bières impayées dans un club, un soir de beuverie. Ces deux-là ne se parlèrent plus pendant plusieurs années avant de reprendre les choses là où ils les avaient laissées en se réconciliant autour d’une pinte…

Japanese Whispers

Après l’implosion du groupe lors du Pornography Tour, Robert Smith se met à suivre plusieurs activités en même temps : guitariste intérimaire des Banshees, duo conceptuel The Glove avec son grand pote de l’époque Steve Severin, revirement artistique complet pour The Cure avec son copain d’enfance Lol Tolhurst. C’est aussi l’époque des « vacances chimiques » passées dans l’appartement londonien de Severin. Plutôt qu’un véritable album, Japanese Whispers est une compilation des quelques singles de l’époque et de leurs faces B. Let’s Go to Bed est le premier de ces singles, réalisé à l’époque comme une provocation à destination de la presse, de l’industrie musicale mais aussi du public. Robert Smith ne savait plus à l’époque s’il devait continuer l’aventure The Cure ou s’il lui fallait y mettre un terme définitivement, en réalisant un dernier disque, antithèse de ce qu’ils avaient produit jusqu’alors. Contre toute attente, Let’s Go to Bed fait un carton, aux Etats-Unis notamment, ce qui offre de nouvelles perspectives au groupe. Le côté pop, ultra accessible, volontairement commercial de ce morceau déclenche les foudres des fans de Pornography et les critiques acerbes de la presse qui ne sait décidemment plus que penser de cet ovni de groupe. Le clip (première coopération avec Tim Pope) est à l’image du morceau : candide, enfantin et passablement ridicule par instants. Cependant il définit la nouvelle image et le look revisité des Cure, premiers pas de ce qui s’imposera au monde avec l’époque de The Head on the Door, quelques années plus tard. Puis The Walk et The Love Cats suivent et remportent également un énorme succès (The Love Cats tout particulièrement qui reste à ce jour le single du groupe le mieux classé aux UK Charts). Période vraiment barrée question excès en tous genres, c’est également une époque d’extrême créativité avec des mélodies uniques, que seul Robert Smith est capable de délivrer : l’intro et la basse de The Love Cats, l’improbable Speak my Language, les méconnus The Dream ou The Upstairs Rooms. C’est avec Japanese Whispers que The Cure débute l’exploration du côté pop de leur talent et c’est ainsi que tous les albums suivants auront leur lot de morceaux pop et d’autres plus sombres. Cette ambivalence sera désormais la marque du groupe et permettra à leurs albums d’atteindre un équilibre frisant souvent la perfection. A ceux qui ne voient en Japanese Whispers qu’un album pop uniquement, je recommande l’écoute de Lament (l’un des morceaux les plus sombres du groupe, écrit à l’origine avec Steve Severin) et de Just One Kiss.

Titres incontournables : l’album au complet.

The Top

Suite parfaite de Japanese Whispers, The Top est un album controversé, la tournure résolument pop adoptée par le groupe continuant de déranger les fans de la première heure, incapables de tourner la page Pornography. Avec un nouveau line up constitué de Phil Thornalley à la basse, Andy Anderson à la batterie, Porl Thompson à la guitare et le fidèle Lol Tolhurst aux autres instruments, The Cure délivre ici un album hyper créatif aux sonorités pop, rock et orientales par moments. Encore une fois, Robert Smith compose des morceaux inattendus tels The Caterpillar, seul single du LP, ou Bananafishbones par exemple. L’équilibre pop/rock, happy/dark trouvé avec Japanese Whispers est ici parfaitement respecté. The Top est peut-être à ce jour l’album le plus méconnu du groupe, les fans et la presse y faisant relativement peu référence. Les live du groupe, eux aussi, comportent en général assez peu de titres de l’album, hormis Shake Dog Shake, Dressing Up ou, plus rarement, Piggy in the Mirror. The Top reste néanmoins une étape majeure dans leur carrière.

Titres incontournables : Shake Dog Shake, Dressing Up, Bird Mad Girl, Piggy in the Mirror, Wailing Wall.

The Head on the Door

Après un live de qualité, intitulé tout simplement Concert, et une nouvelle modification du line up, The Cure se remet au travail. Andy Anderson (célèbre parmi les fans pour son thé aux champignons magiques et pour ses sautes d’humeur) est remplacé par Boris Williams qui restera une bonne dizaine d’années derrière les fûts et Phil Thornalley cède sa place à Simon Gallup, de retour dans le groupe. Tolhurst et Thompson restent, et cette nouvelle équipe constitue désormais ce qui est considéré par les fans comme le meilleur line up du groupe. Les premiers singles, In Between Days et Close to Me, font un carton monumental et les clips de Tim Pope sont restés célèbres. The Head on the Door est l’album de la consécration mondiale pour The Cure, qui atteint désormais le statut de superband. Les fans sont pour la plupart réconciliés avec leurs idoles, la presse est unanimement positive, les radios jouent en boucle les singles de l’album, méga hits incontestables. Même si A Night Like This, le troisième single, remporte un succès plus mitigé, il n’en reste pas moins un excellent morceau, faisant aujourd’hui encore partie de la plupart des setlists des concerts de Cure. L’équilibre recherché dans Japanese Whispers et The Top est de nouveau respecté et The Head on the Door comporte son lot de titres sautillants (Six Different Ways, The Blood) et de morceaux plus sombres (Sinking, Push, The Baby Screams). The Head on the Door est toujours à ce jour un des meilleurs albums de The Cure, et celui qui marquera leur explosion à échelle mondiale.

Titres incontournables : Close to Me, In Between Days, A Night Like This, Sinking, Push, Kyoto Song, The Blood.

Kiss Me Kiss Me Kiss Me

C’est l’album le plus long de toute leur carrière (18 titres), mais de qualité assez inégale. C’est aussi celui où l’ambiance lors de l’enregistrement fût la meilleure. Installés dans le sud de la France, dans une grande propriété vinicole, les Cure ont vécu cet enregistrement comme une véritable orgie, conviviale et créative. Ils en gardent unanimement un excellent souvenir car, pour une fois, le fonctionnement y était plus démocratique qu’à l’ordinaire. Chacun pouvait apporter sa pierre à l’édifice et toutes les contributions étaient les bienvenues. C’est sans doute ce qui donne ce côté si éclectique à cet album. Seule ombre au tableau, la dépression et l’addiction, toujours plus grave, de Lol Tolhurst à l’alcool. Il se transforme petit à petit en véritable éponge et continue de subir les railleries de ses congénères. Sa participation aux enregistrements s’en ressent et il ne joue que partiellement de quelques instruments annexes. Le clip de Why Can’t I Be You illustre bien sa position au sein du groupe à l’époque : déguisé en abeille géante, il est malmené par le reste de la bande qui lui fait faire tout et n’importe quoi. Même s’il est cantonné au rôle de second couteau depuis déjà pas mal de temps, Kiss Me marque pour lui le véritable début de la descente aux enfers, descente dont il ne se remettra jamais vraiment. D’un point de vue musical, Kiss Me est un bon album avec quelques perles (Just Like Heaven, Hot Hot Hot !!!, Torture) mais aussi quelques morceaux sans intérêt (Like Cockatoos, Icing Sugar). Just Like Heaven, l’un des morceaux favoris de Robert Smith, contribua grandement à leur popularité puisqu’il fût le générique des Enfants du Rock, émission ultra populaire de l’époque, diffusée partout en Europe.

Titres incontournables : Why Can’t I Be You, Hot Hot Hot !!!, Catch, The Kiss, Torture, How Beautiful You Are, Just Like Heaven.

Disintegration

L’année 1989 voit la sortie dans les bacs de cet album majeur, peut-être le meilleur de Cure. C’est un véritable chef d’œuvre, de bout en bout. Les chansons y sont assez longues, la plupart dépassant allègrement cinq minutes, pour la plupart de magnifiques balades (pour ainsi dire) où Robert Smith replonge dans le passé, les drogues hallucinogènes, la mélancolie suicidaire… charmant programme en perspective. Disintegration remporte dès sa sortie (précédée par le single Lullaby et son clip mémorable), un vif succès auprès du public et de la presse. Une fois de plus, ce nouvel album se vend mieux que le précédent, comme à chaque fois. Ce n’était pas gagné d’avance compte tenu de l’ambiance plus que morose véhiculée par ce LP. Leur maison de disques a tout tenté pour le faire modifier, le qualifiant de véritable suicide commercial. Ils ne comprenaient tout simplement pas comment un groupe pouvait vendre autant de disques avec une musique ayant davantage sa place dans les oraisons funèbres que sur les ondes radio. Disintegration a pourtant à son actif quelques singles imparables (Lullaby, Lovesong, et dans une moindre mesure Fascination Street et Pictures of You). Hormis ces singles, on trouve des morceaux indémodables car intemporels tels que Homesick, The Same Deep Water As You, Disintegration ou Closedown. Une version live de l’album, amputée de plusieurs morceaux, intitulée Entreat, est sortie quelques temps après au profit (je crois) d’une association caritative. Relativement difficile à trouver aujourd’hui, elle est reconnaissable à sa pochette, où l’on voit Robert Smith revêtir une chemise bleue à pois, d’aussi bon goût que le clip de Charlotte Sometimes… Les versions live sont très fidèles aux versions studio mais valent néanmoins le détour, Homesick et Disintegration tout particulièrement. Les claviers de Roger O’Donnell, nouvel arrivant au sein de The Cure, ont beaucoup apporté au son de l’album, et à son unité. O’Donnell, pour sa part, se demandait ce que Tolhurst faisait encore dans le groupe, ce dernier ayant définitivement touché le fond et ne participant quasiment plus du tout ni aux enregistrements ni aux concerts. Il fût d’ailleurs renvoyé du groupe après le Prayer Tour. Il sera difficile pour Robert Smith et sa bande de se remettre de cet album et de cette tournée éprouvante. Quelques années seront nécessaires avant de produire un nouvel opus.

Titres incontournables : l’album au complet.

Wish

Après le single Never Enough (pur moment rock) et la compilation de remix Mixed Up (pas terrible, il faut bien l’avouer, bien qu’en avance sur son temps), The Cure est de retour dans les bacs avec leur dernier opus, Wish. Même s’il fût beaucoup critiqué, Wish reste un très bon album avec pas mal de morceaux de très bonne facture : From the Edge of the Deep Green Sea, Open, Trust, Apart, Cut. Quatre singles en sont tirés, dont deux qui resteront dans les mémoires et les setlists : High et Friday I’m in Love, et deux autres de moindre importance : Doing the Unstuck et A Letter to Elise. Sonnant principalement rock, à l’image de leur précédent single Never Enough, Wish prend toute sa dimension en live. J’ai d’ailleurs assisté à l’une de leurs dates, à Liévin dans le Nord de la France, le temps d’un concert de plus de trois heures. Excellent moment, avec un bémol cependant : l’absence de Simon Gallup, hospitalisé soi-disant pour des problèmes de thorax liés à son activité de bassiste. En réalité, il était en cure de désintoxication. Pas mal de morceaux de cette période sont encore joués par le groupe. Open, par exemple, est un excellent début de concert et on trouve une bonne version sur le DVD Festival 2005, jouée à quatre : Smith, Gallup, Thompson et Cooper. Une superbe version d’Apart est à écouter sur le live Paris, sorti en 1993, en même temps que Show. A mon sens, Wish reste le meilleur du groupe sur la période 1992-2009.

Titres incontournables : Open, High, Apart, From the Edge of the Deep Green Sea, Friday I’m in Love, Trust.

Wild Mood Swings

Sorti en 1996, cet album souffre de modes d’enregistrement différents et ne lui permettent pas d’atteindre l’unité sonore nécessaire aux excellents albums. Wild Mood Swings est éclectique et inventif, un peu comme Kiss Me quelques années auparavant. Certains morceaux sont exceptionnels, comme Want (l’une de leurs meilleures intros) ou This is a Lie. Club America ou Gone ! sont excellents également. Mais malheureusement, c’est à peu près tout. The 13th, premier single de l’album peine à séduire et pose les fondations de l’accueil mitigé rencontré dans la presse et auprès du public. Pour la première fois de son histoire, les ventes du dernier album sont inférieures à celles du précédent. Ceci n’était jamais arrivé. Il ne reste pas grand-chose de cet opus aujourd’hui et très peu de morceaux sont encore présents dans les setlists des concerts. A cette époque, et à cause de cet album, The Cure perd progressivement de son importance et les écouter commence à devenir légèrement ringard… Robert Smith le sait et ceci se ressentira dans l’album suivant.

Titres incontournables : This is a Lie, Want.

Bloodflowers

Il a fallu quatre ans à Robert Smith pour composer et sortir Bloodflowers. Annoncé comme la dernière partie d’une trilogie formée par Pornography, Disintegration et celui-ci, Bloodflowers reste pour moi une énorme déception. Acheté dès sa sortie, écouté à plusieurs reprises, je ne suis jamais parvenu à aimer cet album. On y ressent trop le côté album conceptuel où tout a été prévu, réfléchi à l’avance. Il n’y a pas de spontanéité, pas de profondeur. The Cure est pourtant excellent lorsqu’il s’agit de pondre de longues balades mélancoliques, mais là Robert Smith nous a sorti une sorte de Disintegration réchauffé, avec le talent en moins. Deux ou trois morceaux restent au-dessus du lot (Maybe Someday, Out of this World ou The Loudest Sound), mais pour le reste c’est une espèce de rengaine endormie, répétitive, où l’émotion ne perce jamais. J’ai du mal à croire que cet album soit aussi mauvais et je me forcerai un jour à le remettre dans mon lecteur pour réessayer d’y trouver quelque chose d’intéressant. J’ai encore plus de mal à comprendre les gens qui crient au génie et qui encensent ce LP en le qualifiant d’œuvre majeure. Idem sur la vidéo Trilogy sortie en DVD, les deux premières parties sont géniales, mais la dernière est vraiment ennuyeuse… Robert Smith le dit lui-même dans ses morceaux : il n’a plus rien à dire, plus à rien à donner… en tout cas jusque-là.

Titres incontournables : Out of this World, Maybe Someday ?

The Cure

De nouveau quatre ans plus tard, The Cure is back avec un album plus rock, plus inspiré que les deux précédents. Pas encore à la hauteur de Wish, The Cure est tout de même assez bon. Je n’aime pas l’intro Lost, ce qui est assez rare dans la mesure où les titres d’ouverture de leurs albums sont généralement excellents. Mais là, rien à faire, ça ne passe pas. Idem pour les singles que je n’aime pas non plus. Je les trouve en majorité plats, sans réel intérêt. Alt.end débutait pourtant super bien mais au fur et à mesure de la progression du morceau, l’intérêt s’épuise. En revanche, The Cure possède quelques perles : Labyrinth (le meilleur morceau de l’album et l’un de leurs meilleurs tout court), Us or Them (morceau avec une basse à tomber qui donne une leçon de rock à pas mal de groupes), Anniversary ou encore Taking Off (seul bon single de l’opus, à mon sens). Bref, un album certes pas extraordinaire mais qui fait plaisir tout de même, car bien maîtrisé et cohérent.

Titres incontournables : Labyrinth, Taking Off, Us or Them, Anniversary.

4:13 Dream

Première partie de ce qui devrait être un double album (la deuxième partie étant attendue pour l’été 2009 si tout se passe bien), 4 :13 Dream ne peut s’écouter que sur une chaine stéréo de qualité, tant les sons et arrangements sont complexes. Si l’on est mal équipé, les enceintes ne produiront qu’un vaste brouhaha parfaitement inaudible, tout particulièrement sur certains morceaux tels que The Hungry Ghost ou Scream. Sinon, cet album délivre quatre singles, de qualité à peu près égale. J’ai une préférence pour Freakshow que je trouve absolument génial. Ce titre est ultra décrié sur les forums et blogs de la web sphère, mais il est à mon sens extrêmement inventif et tout simplement unique. Pêchu à la manière d’un Hot Hot Hot !!! ou d’un Why Can’t I Be You ?, ce morceau est totalement improbable et démontre une fois de plus le génie créatif de Big Bob. Sleep When I’m Dead, autre single de l’album, est également excellent, avec une ligne de basse et une guitare démentes. Pour ce qui est de The Perfect Boy et de The Only One, ces morceaux sont plus classiques, s’inscrivant dans la lignée des In Between Days ou High. Ce sont à mon sens les meilleurs singles du groupe depuis Friday I’m in Love, c'est-à-dire depuis 17 ans… tout de même. Le reste de l’album s’écoute avec plaisir, certains morceaux étant plus faciles d’accès que d’autres. The Cure renoue aussi avec une intro dignes d’eux. Personnellement j’attends la suite avec beaucoup de curiosité.


Titres incontournables : Underneath the Stars, Freakshow, The Perfect Boy, Sleep When I’m Dead, The Hungry Ghost.